Originaire de Marseille, j’ai obtenu une licence en Arts du Spectacle à l’Université Lyon 2 puis le diplôme de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles en 2019. Je réside actuellement à Asnières-sur-Seine. Passionnée de pratiques artistiques diverses, mon travail se situe à la frontière de la recherche documentaire et de la création plastique. Je fais résonner mes souvenirs personnels avec des questionnements sur la société et les normes qui l’encadrent. J’envisage la rue et les espaces publics comme des lieux de rituels, de tensions et de rassemblements . Engagée dans des dynamiques collectives, je suis membre de l’Agence 1h23, pour laquelle je réalise des images d’actualités et je fais partie du collectif Le Bal des Rejetons. En parallèle de ces recherches artistiques, je travaille comme photographe indépendante pour des entreprises et des particuliers, afin de couvrir des évènements, de réaliser des portraits et de valoriser des produits ou des biens immobiliers.


Ceci dit prenez soin de vous, cyanotypes cousus et interventions plastiques sur tirages, 2026.
“Les critères que la société lui a fait intérioriser sont autant d’instruments qui le rendent intimement sensible à ce que les autres voient comme sa déficience, et qui l’amènent, ne serait-ce que par instants, à admettre qu’il n’est pas à la hauteur de ce qu’il devrait être.” Erving Goffman, Stigmate.
Ce projet est né d’un dialogue entre l’intime et le social. Il met en résonance les sensibilités de deux personnages partageant la même vulnérabilité. Deux hommes liés par l’isolement et l’alcool, stigmatisés par la précarité. Il y a d’un côté Didier, accompagné par sa chienne Daisy, habitués des trottoirs et des bancs publics. Il porte en lui les traces d’une existence marquée par le rejet, les excès et une forme de résistance joyeuse utilisée comme bouclier. Il prône un bonheur simple, des bières, une blague, du reggae. On se donne rendez-vous dans les rares lieux de la ville dans lesquels il ne se sent pas jugé : la cour arrière du cloître, les escaliers derrière l’église, la marche devant la boulangerie pour faire charger son téléphone. Didier met de la musique et la session photo commence. On discute beaucoup puis je lui apporte les images imprimées, parce qu’il m’a avoué qu’avant de démarrer ce projet il avait oublié à quoi il ressemblait. J’interviens ensuite sur les tirages en ajoutant ou grattant de la matière pour retranscrire mon ressenti sur ces instants partagés. C’est une manière de redonner de l’épaisseur à un homme que la société a aplati par le stigmate.
J’ai commencé à photographier Didier parce qu’il me fait beaucoup penser à mon père Olivier. Ils partagent un talent pour l’humour ainsi qu’un goût prononcé pour l’alcool en très grosse quantité. Olivier lui n’a pas trouvé la force de résister face au poids de ses problèmes et il a décidé de se suicider. J’ai gardé de lui des pellicules argentiques et une lettre d’adieux, que je choisi de lier ensemble en réalisant des cyanotypes sur lesquels je viens broder ses derniers mots. J’envisage la broderie comme un acte de soin pour transformer le trauma en objet de mémoire.
À travers ce dialogue entre archives familiales, regard documentaire et expérimentations plastiques, je cherche à rendre sensible une précarité souvent invisible : celle d’humains qui, faute de mots ou de place, portent leur vulnérabilité en silence et s’isolent dans l’alcool. Ce projet cherche à rendre sensible la façon dont l’isolement, l’alcoolisme et la précarité tissent des destins parallèles. Didier, avec sa résistance têtue, et mon père, avec son silence définitif, incarnent deux facettes d’une même réalité : des vies reléguées en marge, privées de filets sociaux ou de reconnaissance. En mêlant leurs images et leurs mots, je tente de créer un espace où leur vulnérabilité n’est ni romantisée ni stigmatisée, mais simplement reconnue.
ACTUALITÉ DÉBORDANTE #1 la plaine, 2019.

Cet ensemble de photographies a été constitué à la manière d’une accumulation effrénée de gestes militants en faveur de l’esprit festif et solidaire du quartier de la Plaine à Marseille.


Cette série se présente sous la forme d’un tas de 300 images au format A3 que je déploie au sol les unes après les autres dans une présentation performative pendant laquelle je raconte des histoires et anecdotes liées au contexte de saisie des images. Ce travail performatif a été exposé au Palais de l’Archevêché à Arles en 2019.


La place Jean Jaurès dite la Plaine est connue pour ses événements autogérés et la liberté d’exister qu’elle autorise à ceux qui la fréquentent. Lorsque la municipalité Gaudin a décidé de lancer une requalification sans concertation avec ses habitants, ceux-ci se sont inquiétés de perdre l'âme alternative de leur territoire Ayant personnellement grandi dans ce quartier et son ambiance fantasque, j’ai souhaité immortaliser les initiatives citoyennes des habitants soucieux de préserver l’identité de leur environnement.



Marseille, fête et militantisme, 2019-2026
Cette série d'images s'envisage comme un manifeste visuel. À Marseille dans certaines occasions, la lutte et la célébration ne font qu'un. Pendant les matchs de l'OM ou lors du Carnaval de la Plaine, les habitants crient leur ferveur tout en dénonçant les problèmes systémiques qui divisent la société. C’est cette dualité, cette intensité, qui fait de Marseille une ville à part, où l’on danse autant qu’on résiste, où l’on rit autant qu’on revendique.





+33 6 80 11 41 02
lucy.vigoureux@gmail.com
Asnières sur Seine